Katia Boustany, par Daniel Dormoy

J’ai eu la chance inestimable de croiser le chemin de Katia Boustany et le privilège de bénéficier de son amitié fidèle solide et profonde. J’ai aussi eu la chance de collaborer avec elle et de bénéficier également de sa passion pour le droit, la discussion les échanges. Que ce soit dans l’amitié ou le travail j’ai eu la chance de bénéficier de son caractère bien trempé et sa rigueur d’analyse et de raisonnement, mais aussi de son ouverture d’esprit de sa tendresse, de son humour, de sa générosité et de son engagement toujours total et profond.

Bref Katia tu faisais partie des quelques amis sur qui il en peut compter et qui marquent une vie.

C’est au Concours Jean Pictet qu’on s’est rencontré puis au Concours Charles Rousseau que nous avons collaboré, concours dans lesquels tu as marqué des générations d’étudiants par ta rigueur et ton empathie. Tu étais lors des exercices de négociations ou plaidoiries le juge le plus craint en raison du flot et de la pertinence des questions que tu posais. Mais tu étais aussi certainement la plus aimée et la plus entourée lors des pauses, des soirées ou du repas de clôture. Je suis fier à cet égard d’avoir proposé la création du prix de l’équipe finaliste du concours et demandé que ce prix porte ton nom.

Tu as aussi fait partie de l’équipe des « complices » qui ont appuyé ma proposition de créer le Réseau francophone de droit international pour assurer la pérennité du Concours, structure mise en place au siège de l’OIF à Paris, en 2003. Concernant notre collaboration scientifique je soulignerai le plaisir que j’ai eu de tester avec toi cette innovation exigeante à tous égards, qui malheureusement n’a pas eu de suite, et qui consistait à organiser des colloques dans lesquels l’essentiel du temps n’était pas consacré à la présentation d’exposés mais à la discussion sur la base de rapports établis à l’avance et distribués à un groupe d’experts participants.

Les débats dont nous assurions la modération et qui duraient bien au-delà du temps prévu étaient enregistrés et servaient alors de base à un rapport de synthèse que nous réalisions ensemble et qui figurait en tête de la publication d’un ouvrage contenant également les contributions individuelles1 . Quand Katia venait à Paris comme professeur invité dans mon université ou pour d’autres activités académiques ou simplement pour me rencontrer avec mes enfants qui l’aimaient beaucoup, elle s’installait dans un petit hôtel où elle avait pris ses habitudes à Passy. J’allais la chercher et parfois nous allions ensemble dans un restaurant qu’elle avait repéré où elle me faisait découvrir un bon vin. D’autres fois nous allions directement à la maison où mes enfants étaient heureux de la retrouver. Ils ne l’ont pas oublié et aujourd’hui le papy que je suis fait sauter et sur ses genoux son petit-fils, comme Katia le faisait avec mes enfants qui adoraient sa présence. Régulièrement Katia et moi avions également l’habitude de nous rendre dans des adresses genre Dalloyau pour boire un bon chocolat chaud et refaire le monde. Je me souviens aussi d’une visite que je lui ai rendue à Vienne où elle nous a reçu chez elle avec mes enfants, alors qu’elle était en poste à l’agence internationale de l’énergie atomique, et des bons moments que nous avons passé ensemble dans cette belle ville.

Last but not least j’ai eu également la chance de connaître une partie de sa famille et des endroits qu’elle aimait beaucoup. À Genève ou au Liban ou je l’ai retrouvée et ou j’ai pu prendre une belle photo d’elle dans sa maison, dont je suis fier qu’elle figure dans l’hommage qui lui a été rendu dans la Revue québécoise de droit international et dans la galerie des internationalistes de la Société française de droit international2. Ce Liban qui comptait tant pour toi et où tu reposes désormais.

Merci Katia pour tout ce que tu m’as donné, tout ce qu’on a partagé et la chaleur de ton amitié qui restera gravé à jamais dans mon cœur.

1 Katia Boustany et Daniel Dormoy (dir.), Génocide(s), , Bruylant, coll. « Droit international » Bruxelles, 1999 ; Perspectives humanitaires entre conflits, droit(s) et action, Bruylant, coll. « Droit international », Bruxelles, 2002. Je me suis inspiré de cette formule, conçue avec Katia, pour mettre en place les premiers colloques du RFDI en liaison avec les sessions du Concours, de 2003 à 2007 (voy. les références des publications correspondantes sur le site du RFDI).

2 Revue Québécoise de droit international, hors-série avril 2007. Hommage à Katia Boustany ; Sfdi, Galerie des internationalistes, Katia Boustany, https://sfdi.org/internationalistes/boustany/